Sur la Riviera vaudoise, la dureté de l’eau ne dépend pas de la commune mais de la ressource qui alimente votre secteur. Le SIGE publie des valeurs allant de 13,2 à 35,1 °fH selon la ressource et le point du réseau — une amplitude de vingt-deux degrés à l’intérieur d’un seul distributeur.
Le document est d’une finesse rare : il donne la dureté ressource par ressource et réseau par réseau, avec minimum, médiane et maximum.
Les ressources du SIGE et leur dureté
| Ressource | Minimum 2025 | Médiane 2025 | Maximum 2025 | Moyenne 10 ans |
|---|---|---|---|---|
| Eau du Léman | 13,2 | 13,7 | 13,7 | 13,4 |
| Source du Bouveret inférieur | 14,8 | 15,2 | 15,7 | 15,2 |
| Source du Bouveret supérieur | 15,1 | 15,7 | 15,8 | 15,7 |
| Source de Cheset | 21,4 | 21,7 | 21,8 | 21,4 |
| Grande source des Avants | 22,0 | 24,0 | 27,8 | 24,5 |
| Source du Confin du Renard | 21,1 | 26,6 | 35,1 | 28,8 |
Valeurs en degrés français. Attention à la lecture : le minimum, la médiane et le maximum portent sur l’année 2025, tandis que la colonne moyenne correspond aux résultats moyens des dix dernières années. Ce sont deux périodes différentes, ce qui explique que la moyenne puisse sortir de la fourchette 2025.
Les appréciations du SIGE, dans ses propres termes. Le distributeur qualifie chaque ressource sur la base de ces moyennes décennales : l’eau du Léman est « douce », les sources du Bouveret et celle de Cheset « moyennement dure », la grande source des Avants « moyennement à assez dure », et le Confin du Renard « moyennement dure à très dure ». Cette dernière formulation, qui traverse quatre classes, dit à elle seule l’instabilité de cette ressource karstique.
Les points de contrôle du réseau
| Point de contrôle | Minimum 2025 | Médiane 2025 | Maximum 2025 | Moyenne 10 ans |
|---|---|---|---|---|
| Réseau inférieur de Vevey | 14,0 | 19,1 | 22,1 | 15,7 |
| Réseau supérieur de Vevey | 21,3 | 23,7 | 26,2 | 24,1 |
| Réseau inférieur de Montreux | 15,1 | 15,8 | 16,5 | 18,6 |
| Réseau moyen de Montreux | 20,8 | 23,9 | 27,9 | 29,5 |
| Réseau supérieur de Montreux | 21,7 | 22,2 | 23,9 | 22,2 |
Quelle ressource alimente quelle commune
Le SIGE indique lui-même les correspondances, ce qui est rare et précieux.
La grande source des Avants alimente notamment Chailly, La Tour-de-Peilz, Vevey, Corsier, Corseaux, Chardonne et Jongny, et complète également le réseau de Glion.
La source du Confin du Renard, située au-dessus de Grandchamp, alimente approximativement la zone comprise entre l’autoroute et les voies de chemin de fer, de Veytaux à Clarens.
La source du Bouveret supérieur alimente pour une petite part la localité du Bouveret ; l’essentiel couvre les besoins des bords du lac, entre Veytaux et Clarens.
L’eau du Léman, pompée et traitée à la station des Gonelles, alimente principalement Vevey, Corsier, Corseaux, Chardonne et Jongny.
Ces ressources prépondérantes sont complétées par une trentaine d’autres sources de moindre importance, qui alimentent les réseaux principaux ou des endroits plus isolés, notamment les hauts de la commune de Montreux.
Pourquoi de tels écarts
Le SIGE l’explique en une phrase : l’eau du lac et celle des sources du Bouveret sont moins calcaires que les autres ressources, qui sont de nature karstique et présentent donc une dureté plus élevée.
Cette différence se retrouve aux divers points de contrôle du réseau, selon qu’ils sont alimentés par l’eau des sources, par celle du lac, ou par un mélange des deux. Le distributeur cite en exemple le réseau moyen de Montreux, principalement alimenté par la source du Confin du Renard, qui présente les mêmes caractéristiques : une eau plutôt dure et des variations parfois marquées en raison de son origine karstique.
Quelle part vient du lac, quelle part des sources
En 2025, le SIGE a distribué près de 10,5 millions de m³, répartis ainsi : 9 482 124 m³ d’eau de sources, soit 90,6 % ; 872 343 m³ d’eau du Léman, soit 8,3 % ; et 113 145 m³ achetés à des tiers, soit 1,1 %.
Sur les dix dernières années, la moyenne est de 82 % de sources et 18 % de lac. La proportion d’eau du lac augmente en été, lorsque le débit des sources diminue et que la consommation s’élève. C’est l’une des raisons des variations saisonnières observées aux points de contrôle.
La composition minérale de chaque ressource
Le SIGE publie aussi les caractéristiques moyennes de ses ressources principales sur les dix dernières années. C’est ce tableau qui explique les écarts de dureté bien mieux qu’un chiffre isolé.
| mg/l | Léman | Bouveret sup. | Avants | Confin du Renard | Cheset | Bouveret inf. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Calcium | 44,0 | 44,1 | 76,6 | 100,2 | 66,2 | 42,7 |
| Magnésium | 5,9 | 11,4 | 13,1 | 9,2 | 11,8 | 11,0 |
| Sodium | 7,0 | 0,5 | 1,8 | 2,3 | 2,6 | 0,6 |
| Potassium | 1,8 | 0,4 | 0,3 | 0,5 | 0,4 | 0,4 |
| Chlorures | 10,2 | 0,7 | 0,8 | 1,1 | 4,6 | 0,7 |
| Sulfates | 47,1 | 33,8 | 88,1 | 130,5 | 36,3 | 29,3 |
| Nitrates | 2,6 | 3,1 | 2,3 | 2,5 | 2,7 | 3,3 |
| Bicarbonates | 110,3 | 151,0 | 195,5 | 195,9 | 214,6 | 151,0 |
Deux lectures ressortent de ce tableau.
Le calcium suit la dureté, sans surprise : 44,0 mg/l dans le Léman, la ressource la plus douce ; 100,2 au Confin du Renard, la plus dure. Un rapport de plus du double.
Les sulfates, eux, racontent autre chose. Le Confin du Renard en contient 130,5 mg/l et les Avants 88,1, contre 29 à 36 pour les sources du Bouveret. Une part de la dureté de ces deux ressources karstiques n’est donc pas carbonatée — c’est-à-dire qu’elle ne précipite pas à la chauffe de la même façon. C’est le même phénomène que nous documentons à Troistorrents, en Valais, où le distributeur publie directement la dureté carbonatée.
Le sodium et les chlorures distinguent nettement le lac des sources : 7,0 et 10,2 mg/l pour le Léman, contre moins de 1 mg/l pour les sources du Bouveret.
Les traitements, ressource par ressource
| Grande source des Avants | ultrafiltration, chloration |
| Sources du Bouveret supérieur et inférieur | injection directe dans le réseau, aucun traitement nécessaire au vu de l’excellente qualité de l’eau |
| Source du Confin du Renard | chloration |
| Autres sources | ultrafiltration et chloration, ou ultraviolets, ou chloration |
| Eau du Léman | ozonation, charbon actif, ultrafiltration, chloration |
Aucun de ces traitements ne modifie la dureté : ce sont des étapes de désinfection et de filtration.
Contrôles et conformité
1 794 prélèvements ont été effectués en 2025, aux ressources et dans le réseau, donnant 8 811 résultats physico-chimiques et 5 271 paramètres microbiologiques. Les analyses de micropolluants ont porté sur 118 à 250 substances selon l’échantillon. L’Office de la consommation a par ailleurs mené des contrôles inopinés.
Aucun cas de non-conformité majeure n’est signalé, ni en microbiologie ni en chimie.
Les nitrates sont bas partout
Médianes 2025, pour une valeur maximale admise de 40 mg/l : eau du Léman 2,7 · Bouveret supérieur 3,2 · Bouveret inférieur 3,4 · Avants 2,1 · Confin du Renard 2,4 · Cheset 2,5. Dans le réseau : Vevey inférieur 2,4 · Vevey supérieur 2,0 · Montreux inférieur 3,1 · Montreux moyen 2,2 · Montreux supérieur 2,2.
Le SIGE explique ces valeurs faibles par le fait que les zones d’alimentation de ses sources ne se trouvent pas en zone d’agriculture intensive.
Le 1,2,4-triazole, et une nuance importante
Le SIGE signale une seule exception à la conformité en 2025 : le 1,2,4-triazole, mis en évidence dans les réseaux approvisionnés par l’eau du Léman, à une teneur moyenne de 0,7 µg/l pour une norme de 0,1 µg/l.
La nuance est propre à ce réseau et mérite d’être relevée : dans le réseau du SIGE, cette substance n’est détectée que dans les secteurs où l’eau du lac est mélangée aux eaux de sources, et les concentrations dépendent de la proportion d’eau du lac. Les secteurs alimentés uniquement par les sources ne sont pas concernés.
Selon l’Office de la consommation, qui se fonde sur l’analyse de risques du Swiss Centre for Applied Human Toxicology, les concentrations observées ne présentent pas de risque pour la santé des consommateurs, y compris pour les groupes vulnérables.
Ce sujet est distinct de celui du calcaire. Un adoucisseur agit sur le calcium et le magnésium ; il ne traite pas ce composé. Le traitement éventuel doit être choisi en fonction du composé visé et de la technologie adaptée et certifiée pour celui-ci.
Une échelle de dureté identique à la nôtre
Fait notable : le SIGE publie exactement les six classes que nous utilisons dans l’Atlas — très douce jusqu’à 7 °fH, douce jusqu’à 15, moyennement dure jusqu’à 25, assez dure jusqu’à 32, dure jusqu’à 42, très dure au-delà.
Il rappelle aussi que la dureté ne nuit pas à la qualité de l’eau et qu’elle en améliore même le goût, mais qu’une dureté élevée contribue plus fortement à l’entartrage des installations et appareils domestiques.
Faut-il un adoucisseur sur le réseau du SIGE ?
Il n’existe aucun seuil au-delà duquel un adoucisseur deviendrait obligatoire.
Sur ce réseau plus qu’ailleurs, la réponse dépend d’abord de où vous habitez. Entre les bords du lac à Vevey, autour de 14 °fH, et les secteurs alimentés par le Confin du Renard, qui montent à 35 °fH, il y a deux mondes. S’y ajoutent l’âge et l’état de votre installation, votre consommation d’eau chaude, le nombre d’occupants et les appareils à protéger.
→ Tout savoir sur l’adoucisseur d’eau · Dépannage et entretien
Les communes documentées sur ce réseau
Montreux — trois réseaux distincts, plus une trentaine de sources secondaires sur les hauts de la commune. Le cas le plus complexe du réseau.
Vevey — deux réseaux, l’un alimenté par le lac et les Avants, l’autre nettement plus calcaire.
Sources
SIGE, « Information sur la qualité de l’eau distribuée en 2025 », document du 23 mars 2026 transmis aux communes membres — version publiée par la Ville de Vevey. Également disponible sur sige.ch. Consulté le 05.09.2026.
Atlas de la dureté de l’eau · Canton de Vaud · Faire mesurer mon eau
